« Big shoot », Koffi Kwahulé

Big Shoot nous raconte a priori un corps à corps sans merci entre Monsieur et Stan, ainsi nommé par ce premier. Réécriture du maître et de l’esclave, du dominant et du dominé… Mais c’est un autre combat que nous avons choisi de faire entendre.

Nous avons voulu éprouver le potentiel de questionnement de ce texte dialogué en faisant le pari de conter cette histoire par un seul homme afin de mieux donner à percevoir et sentir la force du texte, son étrangeté mais aussi son humour : à partir des fluctuations d’une parole qui traverse un même et unique corps, on ne sait plus qui du bourreau ou de la victime est le plus consentant. Les enjeux sont multiples et interrogent la pulsion scopique : le regardé comme le regardant. Il s’agit de raconter une humanité à bout de désir, habité par :

–   des luttes fratricides ;

–   une tentative d’ériger la mort au rang d’expérience consumériste et d’élever le crime parfait au statut de chef d’œuvre ;

–   les mirages de la médiatisation d’une société-spectacle où la vie et la  mort ne seraient qu’une « attraction » ;

–   d’une quête radicale, fascisante de l’émotion absolue, toujours en  recherche de « la dernière sensation », du « big shoot ».

Par le traitement que nous proposons, il ne s’agit donc plus d’un affrontement entre deux hommes mais d’une identité en quête d’existence, vacillant sous les feux de la rampe.

Nous avons mis en scène cette histoire dans une économie de moyen pour mieux donner à voir le combat dérisoire d’un homme qui veut entrer dans la lumière. Pas de décor. Seul lieu : celui d’un espace vide, habité par la langue. Un espace neutre, uniquement dessiné par une lumière que le comédien actionne lui-même, tel un marionnettiste qui construit un monde à partir de rien. Il construit sans filet un monde imaginaire et évoque tour à tour l’espace d’un champ de bataille, d’une prison, d’un commissariat, d’un plateau de télévision… Seuls importent la respiration de la langue et l’énergie de l’acteur.

Un saut dans le vide, sans filet ni artifices : tour à tour inquisiteur et tortionnaire, Monsieur invente Stan, sa victime, et fabrique « l’alibi » nécessaire à ses pulsions, au point que la versatilité de l’acteur, qui passe tour à tour du bourreau à la victime, emporte le spectateur dans l’espace fictionnel : celui du simulacre, qui nous détourne du réel, pour mieux nous  y ramener par le questionnement incessant de ce qui est vu et entendu.

Big Shoot, c’est l’histoire de l’aventure humaine, qui ne cesse de conjurer le vide de l’existence et de braver la chute.

Big Shoot Leonce Henri Nlend Clemence Laboureau La bande de Niaismans Koffi Kwahulé

Avec
Léonce Henri NLEND

Mise en jeu – Mise en scène
Clémence LABOUREAU

Conception – Mise en scène
Léonce Henri NLEND

Lumières
Laura MINGUEZA

Création collective de LA BANDE DE NIAISMANS

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